Effinergie : un label dépassé ?
Par Frédéric Loyau,
jeudi 22 octobre 2009 à 19:18 :: Labels basse consommation
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Depuis la création de notre dossier "les labels basse énergie", les retours d'expérience sur le label BBC-Effinergie se sont multipliés et nous ne pouvons que constater que les lourdeurs/omissions du label sont en train de participer au discrédit à moyen terme du label et de la filière du bâtiment basse consommation. Il apparait urgent de modifier le cap si l'objectif final est de promouvoir de vrais bâtiments performants.
Article publié le 02/07/2009
Avant propos : le texte suivant ne vise pas à casser le label et par extension tous ses promoteurs mais de porter la lumière sur les éléments qui à notre niveau nous paraissent suffisamment contestables pour porter atteinte à la réalisation de l'objectif initial qui était de faire évoluer les intervenants du monde de la construction pour construire des bâtiments performants. Ces éléments ont conduit Fiabitat à ne plus proposer d'accompagner à l'obtention de ce label alors que les bâtiments performants sont le cœur de l'activité de l'entreprise depuis fin 2003.
1- Le label ne remplit pas pour le moment l'objectif de permettre la construction de maisons réellement performantes. En ne précisant dans les contraintes aucun objectif pour la performance de l'enveloppe du bâtiment (Ubat), de nombreux gros constructeurs se sont engouffrés dans la brèche et proposent du BBC avec une amélioration d'à peine 10% de la performance du bâti, et justifient de leur faible consommation par la mise en place d'une pompe à chaleur pour le chauffage et l'eau chaude.
Par exemple, plusieurs documentations issues de la filière béton, blocalians et Lafarge proposent une vue de la maison BBC :
- - Isolation par l'intérieur avec 12 cm d'isolant polystyrène en mur
- - Vide sanitaire, Hourdis isolant en polystyrène expansé Up=0.23 + 6 cm de polystyrène extrudé rapporté
- - 20 à 25 cm de laine minérale en isolation de la toiture
- - Double vitrage isolant avec argon, bâti PVC
- - Étanchéité à l'air au garde fou BBC
- - VMC simple flux hygroréglable
Ces compositions sont en moyenne 10% plus isolantes que la pratique en RT2005. Pour rentrer dans le BBC, il suffit de mettre soit :
- - Pompe à chaleur Air/eau - Cop de 3 mini +
- - Capteurs solaires pour l'ECS, appoint par ballon thermodynamique
ou
- - Chaudière gaz à condensation
- - Eau chaude solaire, appoint par chaudière
Effinergie est ainsi le seul label européen basse consommation à n'exiger qu'une consommation en énergie primaire, sans aucun regard sur la performance intrinsèque du bâtiment.
2 - Le label s'arque-boute sur des règles de calculs thermiques dépassées (RT2005) pour les bâtiments basse consommation, et des procédures de contrôle d'étanchéité inadaptées et franco-françaises (Q4). La Rt2005 car les performances des maisons basse consommation sont largement surestimées, et ne sont pas corrélées par rapport d'autres approches logicielles. La procédure Q4 parce qu'elle ne permet pas de se faire une idée de la qualité réelle de l'étanchéité à l'air d'un bâti et qu'elle nécessite une interprétation de l'intervenant (calcul des surfaces de parois froides). Dans ce cadre, ces procédures posent des problèmes au quotidien à la filière basse consommation car il est fréquent que pour obtenir le label, le maître d'ouvrage doive revoir des points qui vont nuire à sa performance pour respecter scrupuleusement la RT2005. Cet état de fait est d'autant plus étonnant que les procédures de calcul thermique (par exemple PHPP-Lesosai, etc..) et de contrôle (le test sous n50 en vol/heures) existent et qu'il n'y a rien à inventer.
3 - Le label crée une confusion pour le maître d'ouvrage et le constructeur à qui il faudra expliquer pourquoi une maison très bien isolée et performante peut être bien moins bien classée qu'une maison mal isolée et mal étanchée. C'est le problème qui est né du point 1. La performance de l'enveloppe compte peu au vu des choix de production d'énergie. C'est aussi le problème de la procédure de calcul des consommations d'auxiliaires (vmc double flux pénalisée) et prise en compte très favorable des vmc simple flux hygroréglables. Pour résumer, on peut être Effinergie sans avoir une enveloppe très isolée, mais une maison très isolée devra quand même se préoccuper essentiellement de ses systèmes.
4 - Le label fait le choix de ne pas considérer l'avance prise par certains pays limitrophes dans l'expérience acquise dans les matériels, menuiseries, isolants et de ne pas prendre en considération les certificats réalisés dans le cadre de la construction passive. Ce problème s'apparente clairement à du protectionnisme. Nous avons eu l'occasion de constater par exemple que l'obtention du label (et du crédit d'impôt ) se voyait refusée à notre client parce que le triple vitrage certifié passif prévu qu'il avait prévu ne disposait pas des normes françaises Acermi/CTSB. Promotelec lui a donc répondu :
Promotelec : Les isolants et vitrages devront impérativement bénéficier d'un avis technique du CSTB ou d'un ACERMI/ACOTHERM, notamment les vitrages saisis ayant un coefficient Uw = 1 (aucun matériel certifié à ce jour n'atteint cette performance)
Et oui, aussi surprenant que cela puisse paraitre, les triple vitrage courants en Allemagne/Autriche n'ont pas d'avis technique du CSTB. Que faire ?
Promotelec : les vitrages Internorm comme précisé dans notre cahier des prescriptions en l'absence de certification CSTB, les produits ne sont peuvent prétendre au Label BBC Effinergie au national.
Cela signifie que si vous prenez une maison passive construite à la frontière allemande et que vous la déplacez du coté français, votre maison ne pourra certainement prétendre à aucun crédit d'impôt. Elle sera passive pourtant... Mais pas avec des produits qui ont l'aval du CSTB. Plaçons nous du côté du maitre d'ouvrage. S'il faut attendre que le marché français se développe suffisamment pour que tous les fabricants de très bons matériels passifs jugent utile de payer une certification française, ou que des produits équivalents Français soient disponibles, nous risquons d'attendre quelque temps... D'un point de vue européen, cela signifie qu'un fabricant qui développe des produits performants peut avoir le certificat de son pays ou encore le certificat du passiv haus institut, il faudra payer aussi le CSTB. Le label élimine également certains systèmes constructifs innovants et écologiques comme la construction en paille par son choix discutable de considérer une conductivité thermique de la botte de paille à 0.12 (et apparenter le ballot de paille aux panneaux de paille compressés servant en cloisons), alors que les études en Europe ont situé le produit entre 0.05 et 0.07. Ce matériau n'étant présent dans les bases de la RT2005, c'est la commission Titre V du ministère du développement durable qui est à l'origine de ce choix peu indiqué, qui pour le moment élimine tout projet issu de ce système constructif.
5 - Le nouveau décret d'application pour la prise en compte des poêles à bois dans les maisons basse consommation interdit quasiment toute possibilité aux maisons de plus de 110 m² de chauffer avec un poêle et d'obtenir un label. Sans considération du niveau de performance, du système de ventilation, ou même du climat où se trouve la construction. Les exemples pourtant de maisons basse conso dépassant 150 m² chauffées via un petit poêle foisonnent. Cet exemple récent est d'autant plus parlant que cette règle à pour cause le fait que Effinergie ne fixe aucun critère de performance d'enveloppe, et que dans ce cadre, effectivement, une grande maison mal isolée Effinergie ne pourra pas être chauffée avec un poêle. Mais c'est la négation du concept de maison basse énergie, ou un poêle couplé à une VMC double flux peut se substituer à un système de chauffage central avec une ventilation hygroréglable. Cette nouvelle règle fait la part belle aux fabricants de pompe à chaleur et chaudières automatiques, ce qui ne devait pas être l'objectif initial de la basse consommation.
Pour en ajouter à ces problèmes, il convient de préciser que Effinergie est le seul label donnant droit aux crédits d'impôts, alors que d'autres standards existent en France, comme le label passif, qui fait l'objet d'une certification en France reconnue par le Passiv Haus Institut mais pour lequel le maitre d'ouvrage ne peut bénéficier d'une quelconque aide, si ce n'est en adaptant son projet afin qu'il respecte le label Effinergie, ce qui est souvent incompatible. Cela crée une situation déséquilibrée, car d'un coté le discours du BBC-révolution énergétique (contestable) occupe tout l'espace et ne permet pas l'expression d'alternatives pertinentes. Il serait plus que temps alors que la France finance via l'Europe le développement du passif et même ses possibles adaptations aux climats du sud du pays que les mentalités évoluent, afin que des discours correspondent à de vraies initiatives soutenables.

Commentaires
1. Le lundi 9 novembre 2009 à 14:33, par Cedric
2. Le jeudi 12 novembre 2009 à 19:47, par fiabitat
3. Le lundi 16 novembre 2009 à 22:46, par Damien
4. Le mardi 17 novembre 2009 à 15:16, par jean luc
5. Le mardi 24 novembre 2009 à 13:22, par SebMP35
6. Le vendredi 27 novembre 2009 à 10:51, par fiabitat
7. Le mercredi 27 janvier 2010 à 11:25, par polo
8. Le vendredi 5 mars 2010 à 15:05, par El Niño
9. Le vendredi 19 mars 2010 à 16:17, par Charles F.
10. Le vendredi 19 mars 2010 à 21:08, par Frédéric Loyau
11. Le mardi 23 mars 2010 à 10:51, par Charles F.
12. Le mercredi 24 mars 2010 à 13:34, par Frédéric Loyau
13. Le vendredi 9 avril 2010 à 22:39, par GG56
14. Le vendredi 28 mai 2010 à 17:39, par legaub
15. Le samedi 29 mai 2010 à 08:55, par Frédéric Loyau
16. Le mardi 1 juin 2010 à 19:04, par MG
17. Le mercredi 23 juin 2010 à 17:40, par JUJU44
18. Le lundi 28 juin 2010 à 12:30, par Frédéric Loyau
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